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Historique

De "l’hospitalité" à l’internement

Avant les camps – France, terre d’asile

La France est devenue pendant l’entre-deux-guerres le premier pays d’émigration et la terre d’asile des Russes, Arméniens, Italiens antifascistes, Juifs allemands et d’Europe orietale, Allemands antinazis, Sarrois, Autrichiens ou Tchécoslovaques qui fuient les régimes dictatoriaux. Les ligues d’extrême droite et la presse xénophobe, malgré le Front Populaire, ne taisent en rien, bien au contraire, leur haine de l’étranger. Les démocraties courbent l’échine sous les coups de butoir de l’Allemagne nazie. Leurs atermoiements face à Hitler poussent encore de nombreux européens à prendre le chemin de l’exil pour la France.

C’est dans ce contexte extrêmement tendu, avec la victoire en Espagne comme en France du Front Populaire qu’éclate l’insurrection des généraux espagnols. Ce conflit divise la Gauche française et européenne.
Les démocraties choisiront de ne pas intervenir directement.

Les premiers afflux de réfugiés espagnols sur le territoire français ont lieu dès 1936 après la prise de Irun et San Sebastian par les généraux insurgés. Des civils, puis des militaires défaits par les fascistes antirépublicains pendant la campagne de Guipúzcoa, arrivent à Hendaye. Une deuxième vague, de plus de 100 000 civils et militaires, suivra lors de la phase finale de la campagne du Nord, après la prise de Bilbao, Santander et des Asturies. Au printemps 1938, 25 000 personnes environ fuiront le haut Aragon. Mais la grande majorité de ces réfugiés, civils et combattants, regagnera l’Espagne par la Catalogne tandis que d’autres seront dirigés à l’étranger ou resteront en France.

Dès le début de la guerre d'Espagne, le gouvernement Blum tente de mettre en place une politique d’accueil des réfugiés. Les premières instructions données aux préfets sont d’ordre humanitaire.
Le 19 août 1936, le ministre de l’Intérieur recommande aux préfets des départements frontaliers d’inciter les réfugiés à retourner en Espagne dans un délai de cinq jours ou, à défaut, à se rendre dans un département situé entre Garonne et Loire. Mais bientôt le gouvernement du Front Populaire est amené à s’orienter vers une politique plus restrictive en renforçant les contrôles et la surveillance aux frontières.

Sans " méconnaître les traditions de notre hospitalité ", sont admis à franchir la frontière les ressortissants espagnols muni d’un visa " délivré par les autorités consulaires françaises ayant leur siège en Espagne ou dans les possessions espagnoles " pourvu qu’ils " aient accepté expressément de rentrer dans leur pays d’origine ". L’Instruction générale sur l’hébergement des réfugiés espagnols (mai 1937) prévoit, malgré tout, "d’ assurer, dans des conditions normales, l’hébergement des réfugiés espagnols qui sollicitent leur accueil sur le territoire français, de leur venir en aide par des moyens d’assistance appropriés et d’assurer le contrôle sanitaire indispensable ".

Progressivement le gouvernement du Front Populaire se montre plus restrictif. Le ministre de l’Intérieur Marx Dormoy veut faire de la frontière avec l’Espagne un " barrage infranchissable ".
Parlant des 50 000 réfugiés espagnols alors en France, il déclare : " J’ai décidé de les mettre en demeure de quitter notre territoire ". Le 27 novembre 1937, les choses sont clairement établies : " Seuls sont autorisés à résider en France les réfugiés qui possèdent des ressources suffisantes pour y demeurer sans occuper aucun emploi ou qui peuvent être recueillis par des personnes prenant l’engagement de subvenir à tous leurs besoins, exception faite toutefois pour les femmes, les enfants, les vieillards et les malades qui peuvent encore être hébergés aux frais des collectivités publiques ".

Liberté, égalité, carte d’identité

Avec la chute du Front Populaire et le climat international de crise, la situation de tous les réfugiés présents sur le sol français s’aggrave brusquement. Le 14 avril 1938, le jour même de l’entrée en fonction du nouveau gouvernement Daladier, Albert Sarraut, ministre de l’Intérieur, adresse aux préfets une première circulaire leur demandant de " mener une action méthodique, énergique et prompte en vue en débarrasser notre pays des éléments étrangers indésirables qui y circulent et y agissent au mépris des lois et règlements ou qui interviennent de façon inadmissible dans des querelles ou des conflits politiques ou sociaux qui ne regardent que nous ". Cette circulaire est immédiatement suivie du décret-loi du 2 mai 1938 et des lois du 14 mai 1938. Dès lors, le ministre de l’Intérieur peut assigner à résidence tout étranger. Le préfet est chargé de prolonger ou de refuser la validité de la carte d’identité pour les étrangers.
Celle-ci n’est plus délivrée que pour un département déterminé, à l’exclusion de tous les départements frontaliers.

A la fin de l’année, le dispositif se durcit encore plus. Le décret-loi du 12 novembre 1938, en précisant plus nettement les intentions du gouvernement Daladier qui se félicite que " le contrôle et la surveillance [des étrangers] sont maintenant assurés, sur le territoire, dans des conditions jusqu’ici jamais réunies ", prévoit la création de " centres spéciaux de rassemblement ".
L’article 1 du décret-loi du 18 novembre 1938 stipule : " Les individus dangereux pour la Défense nationale et pour la sécurité publique peuvent, sur décision du préfet, être éloignés par l’autorité militaire des lieux où ils résident et, en cas de nécessité, être astreints à résider dans un centre désigné par décision du ministère de la Défense nationale et de la Guerre et du ministre de l’Intérieur ". Le premier de ces centres est créé le 21 janvier 1939, à Rieucros (Lozère).

L'exode des républicains espagnols

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C’est dans ce contexte de durcissement de la politique française d’immigration que les républicains espagnols ont la malchance d’arriver par centaines de milliers sur une terre d’asile qui, à partir du mois d’avril 1938, s’est progressivement refermée. L’arrivée massive à nos frontières de réfugiés n’est pourtant pas une surprise. Le 12 février 1939, 500 000 civils et militaires sont parqués dans des camps .

Les centres de rassemblement ont bien été prévus, mais rien n’est vraiment organisé quant au fonctionnement régulier de ces centres ni à l’existence matérielle des internés. Ils participent pourtant de la politique coercitive à l’égard des étrangers et constituent l’infrastructure matérielle du réseau d’internement qui va se mettre progressivement en place dans la plus grande improvisation.

Le 26 janvier 1939, le jour de l’effondrement du Front de Catalogne et de la chute de Barcelone, gouvernement français tient une Conférence interministérielle au cours de laquelle il prend la décision de fermer la frontière avec l’Espagne. Devant la poussée énorme des réfugiés, le gouvernement accepte finalement deux jours plus tard d’ouvrir la frontière pour les civils. Ce n’est que le 5 février au soir, alors que Gérone vient d’être prise la veille par les nationalistes que le gouvernement français décided’ouvrir la frontière aux militaires désarmés.

Par son caractère massif et brutal et la vision apocalyptique qu’il offre, cet exode sans précédent est différent des exils politiques antérieurs : " Toutes les prévisions ont été dépassées à un tel point que les services organisés sur leurs bases ont été complètement débordés ". Malgré la montée enpuissance de la xénophobie qui se déchaîne dans la presse d’extrême droite, le gouvernement français n’a plus d’autre choix que d’ouvrir dans l’affolement ses frontières.

Complètement débordées par les événements les autorités françaises dirigent sans ménagement les réfugiés de sexe masculin vers les camps de fortune improvisés dans le département des Pyrénées-Orientales, sur les plages d’Argelès et de Saint-Cyprien, au Boulou, à Arles-sur-Tech,à Prats-de-Mollo ainsi qu’en Cerdagne, à Bourg Madame, La Tour de Carol, Mont-Louis, Osséja… où croupissent les combattants républicains humiliés, communistes, socialistes, anarchistes, trotskistes, anciens des Brigades Internationales et civils confondus, qui ont préféré l’exil à la tyrannie.

Les " camps de concentration " d’Argelès et de Saint-Cyprien rassemblent environ les deux tiers des réfugiés-internés. Le terme de " camp de concentration " employé dans les documents administratifs de l ‘époque est d’Albert Sarraut, ministre de l’Intérieur, qui définit lui-même, début février 1939, le camp d’Argelès non comme " un lieu pénitentiaire mais comme un camp de concentration "

Le Vernet d’Ariège, camp disciplinaire : février 1939 – septembre 1939

Bâti en 1918, le camp militaire du Vernet d’Ariège se transforme rapidement en camp de prisonniers allemands. Il sert essentiellement de dépôt de matériel pendant l’entre-deux-guerres, jusqu’au moment de la Retirada, en février 1939, où le gouvernement français recherche dans la précipitation les moyens de contrôler le flux des réfugiés, civils et combattants.

Tandis que les réfugiés sont retenus dans des camps de fortune en Cerdagne (Bourg Madame, Mont-Louis, Osséja, La Tour de Carol… dans les Pyrénées-Orientales),une " commission de recherche de camps de concentration et de rassemblement" créée début février 1939 à Foix (Ariège) , décide de transporter la 26éme division durruti composée principalement d'anarchistes espagnols (environs 12000 hommes), au "centre d'hebergeemnt" du Vernet d'Ariège où les premiers convois d'internés commencent à arriver à partir du 10 février. A Mazères, à quelques kilomètres du Vernet, 5 000 réfugiés sont entassés à la tuilerie. Parallèlement, d’autres détenus provenant des camps et des prisons de la côte méditerranéenne, qualifiés de " fortes têtes " et d’ "extrémistes ", viennent grossir les effectifs du Vernet. De nombreux combattants des Brigades Internationales sont transférés du camp de Gurs ( Pyrénées Atlantiques) à celui du Vernet. D'emblée, le visage du camp du Vernet d'Ariège prend celui d'un camp disciplinaire.

Les réfugiés ne sont pas mieux traités qu’ailleurs : parqués comme du bétail, campant dans la boue et la neige, " protégés " par des abris de fortune, sous la surveillance des gardes mobiles et des troupes coloniales... Il n’y a que 19 baraques (une cinquantaine deux mois plus tard). Cinquante-sept internés meurent de froid ou de faim entre mars et septembre 1939.

L’aide aux réfugiés, sous forme de parrainages, de colis et d’argent, s’organise tant bien que mal. Grâce à des contrats de travail fournis par des militants de gauche, plusieurs centaines de réfugiés obtiennent de quitter le camp. C’est le cas, par exemple, de Francisco Ponzán, militant libertaire de la CNT, qui sera à l’origine du plus ancien réseau de passage clandestin en Espagne en liaison avec les organisations politiques en exil.

En août 1939, à la suite de l’inspection du camp par le général Gamelin, les conditions de vie s’améliorent quelque peu : nourriture plus variée, construction d’une infirmerie. A la déclaration de la guerre, le Préfet de l’Ariège ordonne la liquidation du camp.

Le camp se vide de l’essentiel de sa population malgré de nouveaux arrivages de civils et de combattants des Brigades Internationales : les réfugiés sont dirigés vers d’autres camps ou vers les Compagnies de Travailleurs Etrangers, au nombre de quatre, qui fournissent une main d’œuvre bon marché dans des exploitations agricoles, des usines, des chantiers de construction de barrages hydroélectriques, des mines…

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Joseph SOOS ( Peintre Hongrois)
Intérieur d'une barraque

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(Cp Musée de la Résistance et
de la Déportation de Besançon)
"Les Tinettes"

Vers un camp répressif : octobre 1939 – octobre 1940

A la déclaration de guerre le 1er septembre 1939, alors que les camps sont maintenant en place, le gouvernement français trouve l’opportunité d’appliquer à la lettre son dispositif d’internement envers les étrangers " dangereux pour l’ordre public ", " suspects au point de vue national " ou " extrémistes ". Des mesures secrètes élaborées en avril 1939 par l’état-major complètent les dispositions des décrets-lois de l’automne 1938. En cas de mobilisation, les étrangers de sexe masculin âgés de dix-sept ans à cinquante ans devront être concentrés dans les plus brefs délais dans les centres de rassemblement pour étrangers afin d’être " employés à des travaux divers au profit des régions militaires ou des services publics. "

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De nombreux combattants des Brigades Internationales sont transférés du camp de Gurs (Pyrénées Atlantiques), Mont-louis, Collioure à celui du Vernet. D’emblée, le visage du camp du Vernet d’Ariège prend celui d’un camp disciplinaire…

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A partir du 12 octobre 1939, des trains entiers d’étrangers affluent de Roland Garros (et…) au Camp du Vernet. Au fil des semaines, il reçoit de plus en plus d’internés. Le 13 octobre 1939, les effectifs du camp sont de 915 personnes ; 1 223 au début de novembre, 1 725 le 1er décembre, 2 063 (dont 800 juifs) au mois de février 1940.

 

Le visage du camp

" Le Vernet est au-dessous d’un camp de concentration nazi du point de vue de la nourriture, des installations, de l’hygiène. " " Comparé à Dachau, c’était encore supportable. Au Vernet, les coups étaient un événement quotidien ; à Dachau, ils duraient jusqu’à ce que mort s’ensuive. Au Vernet, les gens étaient tués par manque de soins médicaux ; à Dachau, ils étaient tués volontairement. Au Vernet, la moitié des prisonniers dormaient sans couverture, à 20° sous zéro ; à Dachau,ils étaient enchaînés et exposés au froid. " témoignage d’un interné recueilli par Arthur Koestlerdans La lie de la Terre

" C’était un camp terrible, la nourriture était au-dessous de tout, c’était crasseux, ça grouillait de souris, de rats, les baraques étaient surpeuplées, on se gelait, enfin, j’y ai passé des mois affreux. " Ernest Langendorf, interné au Vernet pendant l’hiver 1939-1940.

" C’est pour une part la différence d’attitude du personnel d’encadrement qui explique que le Vernet a été un véritable camp de concentration et Rieucros, non. " Gilbert Badia.

Le Camp du Vernet d’Ariège s’étend sur une cinquantaine d’hectares, planté de baraques de planches et entouré de trois rangées de barbelés. Le camp est divisé en quatre quartiers : A, B, C et T .

 

visage9.JPG (3733 octets)En principe, les internés sont divisés en trois groupes, répartis dans les différents quartiers du camp :les " droits commun " (A), les " politiques " (B) et les " suspects " (C). visage3.JPG (3819 octets)Cette dernière catégorie est assez imprécise : on y fait figurer, parfois pour de longs mois, des militants politiques connus (le communiste Willy Genenbach, par exemple), des écrivains et des journalistes antifascistes (Bruno Frei, Arthur Koestler…), d’anciens Brigadistes transférés de Saint-Cyprien ou d’Argelès, etc. Mais aussi des sympathisants pro nazis au rôle mal défini. Le quartier T était réservé aux internés en transit.

 

 

visage10.JPG (3224 octets)Le quartier A comprend 8 baraques, le quartier B 19, le quartier C 18 et le quartier T 3. Ces baraques, de 35 mètres par 6 mètres, comprennent chacune 21 litières à deux étages, séparées d’un étroit passageau milieu.visage1.JPG (3229 octets) Pendant tout l’hiver 1939-1940, il n’y a ni chauffage ni électricité. Plusieurs épidémies de grippe éclatent au cours de l’hiver, alors que la " baraque hôpital " ne dispose d’aucun équipement convenable.

 

Au-delà de ces différences formelles, les conditions d’existence sont extrêmement difficiles pour l’ensemble des internés du Vernet : dès leur arrivée, ils ont le crâne tondu comme des bagnards et se voient dépouillés de tous leurs objets personnels. Les gardes mobiles, chargés de la surveillanceà l’intérieur du camp, arpentent en permanence les chemins, baïonnette au canon. Contraints à des travaux aussi humiliants qu’inutiles les internés sont soumis à des châtiments corporels en cas de " mauvaise volonté ".

Ceux qui ne s'alignent pas assez rapidement devant les baraques au moment des appels ( quatre par jour) ou ceux qui ne respectent pas un impeccable garde-à-vous à la cérémonie quotidienne du drapeau reçoivent eux aussi des coups. Les visites sont interdites: les internés dont l'épouse ou un parent tente de s'approcher du camp sont punis de plusieurs jours de prison. Le courrier est limité à deux lettres par semaine et strictement contrôlé par le service de la censure du camp. Transformé de fait en camp répressif en regroupant les étrangers les plus dangereux, le camp du vernet rassemble la plus forte concentration de résistants étrangers de France

Du règne de l’arbitraire à la systématisation de l’internement : décembre 1939 – mai 1940

Fin 1939, le ministre de l’Intérieur, dans le but de mieux préparer les commissions de criblage, demande aux préfets de la Lozère et de l’Ariège, pour les camps de Rieucros et du Vernet, d’établir chaque semaine un état numérique des internés faisant ressortir chacune des trois catégories : condamnés de droit commun ; professant des idées extrémistes ; suspects du point de vue national. Ce souci de classification et d’organisation laisse toutefois à désirer : en janvier 1940, le commandant du Vernet proteste contre le fait qu’on continue à lui adresser des gens dont il ignore les motifs d’arrestation et dont " les dossiers demeurent introuvables pendant plusieurs semaines ".

Le 19 février 1940, le ministre de l’Intérieur prend sur lui de décider des mesures d’internement. Les camps qui dépendent directement de lui sont : Limoges, Rieucros et Le Vernet. Les autres dépendent de l’administration militaire.

 

visage6.JPG (3830 octets)Au moment de la débâcle, et dès le mois d’avril, des centaines de juifs et communistes Allemands affluent au Vernet. Les arrestations arbitraires se multiplient. Les réfugiés des prisons et centres de rassemblement de la région parisienne vont être transférés, sous surveillance policière, vers les camps d’internement du Sud. visage5.JPG (6300 octets)Les hommes qui sont considérés comme " très suspects " sont envoyés au Vernet, les femmes à Rieucros.Plus d’un millier de combattants des Brigades Internationales sont transférés de Gurs au Vernet. Des internés des camps d’Argelès, de Saint-Cyprien, du Récébedou, de Noé sont également dirigés dans l’Ariège.

 

Au mois d’août 1940, le camp atteindra son maximum de (sur)population : près de 4 000 internés de 58 nationalités.

Une circulaire du Ministre de l’Intérieur de Vichy du 17 janvier 1941 marque bien la spécificité du Vernet :" Il n’y a pas lieu de faire régner, dans les camps de Gurs, d’Argelès, de Rivesaltes ou des Milles, une discipline aussi stricte qu’au Vernet où se trouvent des repris de justice et des extrémistes. "

Les rafles de 1942 et 1944

Beaucoup de Juifs étrangers sont passés par le Vernet. En 1939-1940, le motif d’internement estgénéralement politique. Un allemand communiste et Juif n’intéresse les autorités françaises quepour les deux premières qualités. A partir de l’automne 1940, le classement se fait plus strict ; les considérations raciales l’emportent désormais.

A partir de l’été 1942, le camp du Vernet connaît les arrivées massives de Juifs raflés dans la région (Aulus les bains) et les premiers départs de convois pour Auschwitz (1er septembre 1942). D’autres convois vont s’échelonner jusqu’au 19 mai 1944. Au total, 1200 hommes, femmes et enfants seront déportés à Auschwitz et Dachau.

Des femmes et des enfants Juifs ont été internés au Vernet à deux reprises (1942 et 1944). Ils semblent ne pas avoir été comptabilisés sur les registres du camp. Ils étaient considérés " en transit. "

 

Le Vernet : intellectuels et résistants

Journalistes, écrivains, musiciens, directeurs de théâtres, peintres, cinéastes, architectes… On rencontre beaucoup d’intellectuels internés au camp du Vernet. Arthur Koestler et Max Aub, Fausto Nitti, Friedrich Wolf, Rudolf Léonhard pour ne citer que ceux-ci, sont parmi les plus connus.

Quelques personnalités du monde intellectuel et politique internées au Camp du Vernet d’Ariège

Les artistes : Louis Emrich, journaliste et écrivain allemand, éditeur d’ouvrages antinazis, déporté en Allemagne ; Paul Pitoum, russe, mort au camp sans soins ; Thomas Sarti, dessinateur italien ; Otto Kuhns, allemand ; Joseph Soos, hongrois, dont les nombreux dessins illustrent la vie au camp ; Isidore Weiss, roumain ; Serge Mintz Meinard, russe, directeur du théâtre de Pétrograd et journaliste en France ; Michel Flurscheim, directeur de théâtre en Allemagne ; Eberhard Schmidt, compositeur allemand, dirige la chorale allemande au camp ; Félix Sztal, pianiste polonais ; Moïse Rosemberg, sculpteur polonais ; Bruno Peiser, architecte allemand, et bien d’autres…

Les intellectuels contribuent à l’animation du camp par des lectures et des cours publics, des tables rondes, des représentations théâtrales, chorales… Les écrits sortis clandestinement du camp ont alerté l’opinion internationale et attiré l’attention sur les victimes des camps d’internement français.

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(Copyright Musée de la Résistanceet de la Déportation de Besançon)

Le Vernet, centre directeur et réservoir de la Résistance européenne

Dès octobre 1939, Le camp du Vernet est placé sous l’ " autorité " des communistes qui mettent en place une direction clandestine. En effet, de nombreux communistes allemands du KPD ainsi qu’une bonne partie de l’Etat-major des Brigades Internationales sont internés au camp du Vernet qui agit alors comme un mini Komintern, réussissant à établir des liens à l’extérieur, organisant les évasions, fournissant ainsi ses futurs dirigeants à toute la Résistance européenne.

La résistance communiste au Vernet

La direction clandestine du camp, qui comprend de nombreux dirigeants communistes (tels Franz Dahlem, numéro 2 du KPD, membre du Komintern et de l’Etat-major des Brigades Internationales, Ljoubomir Illich, engagé lui aussi en Espagne et futur chef militaire national de la MOI ou Luigi Longo, inspecteur général des Brigades Internationales et futur chef du parti communiste italien), met tout en œuvre pour permettre à ses cadres de s’évader pour rejoindre les réseaux de résistants, en France et en Europe.

A partir de l'automne 1940 et jusqu'au printemps 1941, le "collectif international" organise grèves et manifestations qui provoquent quatre changements de commandement du camp. Le dernier commandant est décidé à ecraser toute résistance

La révolte du 26 février 1941

L’état sanitaire général est absolument catastrophique. Le " Collectif international " parvient à mobiliser les quartiers B et C contre les brutalités et la famine dont les détenus sont victimes. Les révoltés refusent de travailler et neutralisent les gardes. Sur ordre du préfet de l’Ariège, les forces de l’ordre donnent l’assaut du camp et opèrent à 102 arrestations conduisant à la prison les principaux meneurs. D’autres sont livrés aux Allemands ou envoyés en déportation. Beaucoup se retrouvent dans les camps du Sahara Algérien, comme le tristement célèbre camp de Djelfa.

Mise à mal, en partie démantelée, la direction clandestine poursuit néanmoins ses activités. Les dirigeants internés du KPD réussissent à communiquer avec les dirigeants clandestins à Toulouse et à Paris grâce notamment à l’épouse de Franz Dahlem, Catherine Dahlem, qui opère secrètement jusqu’en 1942.

Avec l’occupation de la zone libre par les troupes allemandes le " Collectif international " perd de son ampleur pour ne plus jouer qu’un rôle essentiellement régional. Il contribue encore à approvisionner localement les réseaux de résistants jusqu’en 1944 tout en préparant, mais en vain, la libération du camp (préparée par la troisième Brigade de Guérilleros FFI des maquis de l’Ariège.

Au printemps de cette année 1944, le camp se vide petit à petit tandis que les trains de déportation se succèdent. Le 1er mai, les internés manifestent contre les déportations de Juifs en " transit " au Vernet. Les Allemands occupent le camp le 15 juin pour le " vider " de sa population. Le 30 Juin, les 400 derniers internés sont évacués sur Bordeaux pour prendre le " train fantôme " à destination de Dachau. Certains réussissent à s’évader au cours d’un très long trajet. Ils seront 291 du Vernet à l’arrivée à Dachau, le 28 août 1944 .

Fin août, début septembre, le camp se remplit de prisonniers allemands et de soldats de la légion du Turkestan.

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Max Aub (1903-1972)

Ecrivain espagnol, né à Paris. Interné au Camp du Vernet, il est déporté à Djelfa (Algérie) puis il émigre au Mexique. Auteur très prolifique (Œuvres théâtrales, essais critiques, poésies), il publie notamment le recueil de nouvelles " Dernières nouvelles de la guerre d’Espagne " dont le " Manuscrit corbeau " satire surréaliste de l’univers concentrationnaire français.

 

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Arthur Koestler (1905-1983)

Journaliste et romancier hongrois, correspondant de guerre en Espagne, il se réfugie à Paris en 1939. Son récit " La lie de la terre " est un témoignage exemplaire sur son séjour au Camp du Vernet en 1939-1940.

 

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Rudolf Leonhard (1889-1953)

Poète allemand, président de la société des écrivains allemands " en exil, il écrit une chronique poétique de la vie au camp publiée sous le titre " Le Vernet ".

" Nous gelons et nous embouons la paille dure Cela ne nous fait rien Nous restons joyeux Nous savons pourquoi. "

 
Ladislas Radvanyi

Economiste d’origine hongroise, communiste, connu sous le pseudonyme " Johan Lorenz Schmidt ", il a fondé et dirigé l’université ouvrière de Berlin, puis l’université allemande libre de Paris. Avec sa femme, Anna Seghers, romancière allemande, il émigre aux Etats-Unis avec l’aide de Varian Fry, responsable de la Mission américaine de sauvetage des intellectuels antinazis.

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Francesco Fausto Nitti (1899-1974)

Journaliste italien, évadé des iles Lipari, il s’engage en Espagne dans les Brigades internationales dont il commandera la XIIe Brigade Garibaldi. Interné à Argelès et Collioure, il combat dans la résistance française aux côtés de Jean Cassou. Arrêté et interné au Camp du Vernet, il s’évade du " Train fantôme ", épisode dont il écrit un livre " Chevaux 8, Hommes 70" Ed. Chantal, 1944.

 

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Friedrich Wolf (1888-1953)

Médecin, poète et dramaturge allemand, communiste, son théâtre est joué dans le monde entier(" Les matelots de Cattaro ", Professeur Mamlock " . La presse américaine le surnomme " l’ennemi n°1 d’Hitler ". Au Vernet, il écrit " Beaumarchais ".